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Nicolas Mathieu - Aux animaux la guerre.

La quat de couv :

Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s’en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n’ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta.
Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n’ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Épinal et Nancy. Une fille, un Colt .45, la neige, à partir de là, tout s’enchaîne.
Aux animaux la guerre, c’est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent désormais que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d’un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C’est l’histoire d’un monde qui finit.

Une fille, un Colt 45, la neige, à partir de là, tout s'enchaîne...

Extraits :

« Effectivement, en juillet, à peine l’année scolairef inie, les pieds-noirs avaient voulu partir loin du désastre et renouer avec leurs habitudes, gagner l’Espagne, revoir la Métropole. Alors, il avait fallu faire des exemples. Pierre avait participé à ces opérations d’édification. Il se souvenait d’un pharmacien, abattu dans a rue alors qu’il chargeait les valises dans le coffre de sa Mercedes. Mourir pour l’exemple, en bermuda, une épuisette sous le bras. C’étaient des souvenirs amers auxquels Pierre tâchait de ne pas trop penser. »

« C'était ça l'usine, un monde de peine et de réconfort, un monde qui n'avait cessé de rapetisser d'ailleurs, passant de plus de deux cent cinquante bonshommes à trois fois rien. Quarante qu'ils étaient désormais. Patrick aimait mieux ne pas penser à ce qu'il adviendrait si l'usine devait fermer. Les gars se connaissaient tous depuis l'enfance ou quasiment. Certains ouvriers avaient vu leur père travailler là avant eux, d'autres passaient la main à leurs fils. Par le passé, les patrons venaient vous cueillir à la sortie du collège, après le certif', et il arrivait qu'on s'engouffre là-dedans jusqu'à la retraite. L'usine avait dévoré des générations complètes, survivant aux grèves ,nourrissant les familles, défaisant les couples, esquintant les corps et les volontés, engloutissant les rêves des jeunes , les colères des anciens, l'énergie de tout un peuple qui ne voulait plus d'autre sort finalement. »

"Un jour, la classe ouvrière avait existé. Ils pourraient en témoigner .Si jamais quelqu'un demandait"

« L’usine, c’était comme le reste, beaucoup d’efforts et pas grand-chose à faire pour inverser le cours des choses. Et là, au beau milieu, ce point de fixation, cet espace où la guerre était possible. Sans doute pas à armes égales, mais où des résistances s’organisaient, où les patrons se sentaient menacés, prenaient des soufflantes à leur tour. Et cette chose toute nouvelle, abstraite et brutale, d’une force inimaginable : le droit. Il suffisait d’en connaître un bout et les volontés adverses se brisaient net. Martel venait de découvrir les rapports de force. Avec deux articles du code du travail, on érigeait des murs, on emmerdait le monde, c’était magnifique ».

Et aussi :

Un long week-end dans les Vosges !! A faire absolument !! même en hiver !!!

Nicolas Mathieu - Aux animaux la guerre.

A mon humble avis :

Une histoire sur fond de crise, pas celle des bobos parisiens, non celle de la France profonde avec son lot de personnages bien barrés. On accroche vite à l'histoire avec cette « rage des pauvres » qui peut faire sourire certains et pleurer quelques autres . Sombre, efficace , avec une écriture tendue comme le contexte. Polar : sûrement pas, roman social non plus, tout simplement un livre sur la vie de ces hommes et de ces femmes qui luttent pour survivre face à un pouvoir qui les dépasse. Personnages bien campés et style de langage percutant . Un bon roman à lire de suite...

Tag(s) : #Lectures

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